Hold On

____________________________________________________________[This world, this world is cold,
____________________________________________________________But you don't, you don't have to go]

31 décembre, pas de réveillon pour moi. Je suis debout dans l'église. Je sais qu'on est en train d'amener le cercueil par la porte de côté, mais je regarde devant moi, fixement, car je ne peux pas poser les yeux sur lui. Ça n'a jamais été si réel que maintenant.

____________________________________________________________[Don't stop looking you're one step closer
____________________________________________________________Don't stop searching it's not over...hold on]

Le cercueil est maintenant devant moi, je suis au premier rang, tout près. Il n'y a pas beaucoup de monde, mais je m'y attendais. Je sais que son corps est là, dedans, à quelques mètres de moi. Ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu, mais maintenant c'est trop tard et j'essaie de me vider la tête. Comme le matin, dans la voiture, où j'ai écouté en boucle l'album le plus joyeux que j'ais, je ne voulais pas me mettre à pleurer comme ça, et je savais que si j'entendais une note de piano...

Je le regarde. Je le regarde et je ne veux pas qu'il parte. Je voudrais pouvoir le garder avec moi, de n'importe quelle manière.

_____________________________________________________________[Your days, you say they're way too long
_____________________________________________________________[And your nights, you can't sleep at all]


Je suis au cimetière, la première à jeter une rose dans le trou. Debout devant le cercueil, je lis l'inscription qui me frappe comme une gifle:

"Gaspard Scaccianoce
12 mai 1989 - 24 décembre 2009"

Cette fois, je peux pleurer. C'est fini.


# Posté le samedi 06 février 2010 19:35

Gone.

[It's so hard to write when one's heart is bleeding, when one's hands are shivering, when one's eyes are sheding tears.]



Un mois plus tôt, le 29 décembre, vers 20H. Dans la chambre d'Antoine, en train de jouer à Dofus...
Maman entre, je me tourne, je la vois pleurer. Aussitôt, je me demande ce qui s'est passé et aussitôt elle me dit: "Gaspard s'est pendu." Le choc est fort et faible à la fois, parce que ça me paraît trop irréel: je ne peux pas y croire. Je n'ai pas vraiment envie de pleurer, mais mes larmes coulent tout de même. J'ai l'impression que si elle sort et que je retourne à mon jeu, ça n'aura pas eu lieu. Je comprends maintenant très bien l'expression "comme dans un rêve", c'est exactement ce que je ressent.

Valentine et Papa entrent dans la chambre à leur tour, ils ont l'air de vouloir nous réconforter. Maman souffle: "On va mettre une photo de lui en bas..." Je suis frappée par la stupidité de sa phrase, j'ai envie de crier: "Quelle importance?! Qu'est-ce que ça va changer?! Pourquoi mettre une photo maintenant qu'il est mort, plus que quand il était vivant? Est-ce qu'il devient plus important pour autant?!". Mais je ne dis rien, je sais qu'elle avait juste besoin de dire quelque chose.

Je ne pleure plus. Je reste prostrée quelques minutes, à regarder dans le vide. Ils sont tous autour de moi, mais j'ai envie d'être seule. J'ai envie de leur crier de partir, de me laisser tranquille, de ne pas me toucher, mais je ne veux pas les blesser, ils sont tristes aussi. J'ai l'impression que je vais exploser, je n'ai jamais eu autant envie d'être seule. Finalement, ils sortent d'eux même.

Je suis toujours dans un rêve... Je ne sens plus rien, mais je suis en même temps étrangement consciente. Je sens que je n'oublierais jamais une seconde de ce qui vient de se passer. Je viens de vivre tout cela avec un détachement inconnu: moi qui n'ai en général pas un grand sens du détail en ce qui concerne ce qui se passe autour de moi, cette fois j'ai enregistré et analysé chacune des paroles entendues, chacun de mes sentiments, comme si j'étais à la fois en dehors et à l'intérieur de mon propre corps. Je me le répète: "Gaspard est mort, Gaspard est mort.", mais je ne le ressent pas, c'est trop irréel. Il faut dire que ça fait 2 ans que je ne l'ai pas vu...
Pourtant, pendant ces 5 dernières années, il me suffisait d'imaginer pendant une minute sa mort pour pleurer instantanément. Un mois plus tôt, c'était encore le cas. Mais aujourd'hui, il n'est réellement plus là, et lorsqu'on me l'annonce, je ne me sent pas vraiment triste.

*********************


Les jours suivants, je n'ai pas pu supporter d'être avec ma famille: je ne pouvais pas parler avec légèreté et rire après ça, mais je ne pouvais pas non plus parler de Gaspard avec gravité, car je ne supportais pas les réflexions toutes faites sur la vie et la mort que cela entraînait inévitablement, et je pouvait encore moins rire à son sujet ou évoquer des souvenirs. Je ne pouvais que rester en silence, la gorge serrée, triste et en colère.




Gone.
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# Posté le vendredi 29 janvier 2010 08:48

Modifié le samedi 30 janvier 2010 09:54

*Une renaissance*

*Une renaissance*


De retour de Lamotte, où j'ai passé trois semaines incroyables.

J'y ai retrouvé une motivation que j'avais perdue cette année. Pourvu que ça dure. Enfin la vie recommence, grâce à elles. Est-ce que c'est moi qui suis différente ou bien les gens plus sympas là-bas? Je ne sais pas mais ça fait du bien.
Du bien de s'éclater à FOND, sans limites, de parler librement de tout, de chanter à tue-tête dans la douche, d'aborder n'importe qui sans aucune peur, de ne pas se poser de questions, de passer tout son temps avec les gens qu'on aime, de détester au grand jour ceux qui nous énervent. De délirer à nouveau.

Après elle, ç'a été comme une rupture amoureuse. Il faut du temps pour effacer ça, mais j'ai peut-être enfin réussi.

Merci Camille, Marion, Raphaëlle, Tiphaine et surtout Sophie. Du Sud ou du Nord, je ne vous oublie pas.



# Posté le lundi 27 juillet 2009 18:45

*Le temps passe et passe et tant de choses ont changé*

*Le temps passe et passe et tant de choses ont changé*


"la nuit paraît courte dans le plaisir, les veilles semblent longues dans la solitude."


Déjà six mois, qui sont passés étrangement. Étrangement, car j'ai l'impression
que c'était hier et en même temps qu'il y a très longtemps. Déjà presque l'été, et
cette nuit incroyable c'était il y a six mois. Une nuit irréelle, un début parfait. Le genre
de moment que je voudrais vivre plus.

L'autre jour, Maman m'a donné des nouvelles de Gaspard. Il paraissait appartenir à
une autre vie, une autre époque. J'étais tellement naïve et tellement détachée... Je
suis moins naïve maintenant, mais toujours détachée. J'ai l'impression de regarder
quelqu'un d'autre vivre sa vie. Les jours passent et se ressemblent. J'ai une impression
de bonheur... Est-il réel?

Est-ce qu'on sait jamais quand on est vraiment heureux même si quelque chose
nous manque? Le bonheur ça n'est sûrement pas avoir tout ce qu'on veut, car on
veut toujours plus. Une fois un désir satisfait, un autre naît. Comment apprendre
à se contenter de ce qu'on a? Comment apprendre à profiter de la vie au jour le
jour? J'envie tellement les gens qui font ça naturellement.

[Je laisse courir mes doigts
le long de ma pensée déstructurée.]


J'écris, j'écris et le temps passe. Et des gens s'amusent, rient, discutent, sont
ensemble pendant que j'écris. J'écris pour quoi ? Le temps que je tape, ma pensée
a filé d'un autre côté.

[Impossible d'arriver à quelque chose.
Impossible de trouver le courage, la motivation, la force
d'y arriver. Je commence et j'arrête.]


[The hands are up now
Everybody singing
Everybody's movin'
They've programe their feelings
their synchronizin'
And criticizin'
Don't feel bad
Keep your sadness alive. ]

[Don't you know
that misery loves company?]

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# Posté le vendredi 22 mai 2009 17:48

Modifié le samedi 23 mai 2009 17:43